La psychologie des couleurs

Écrit par Fabienne Ferrari

10 septembre 2020

« Si la matière grise était plus rose, le monde aurait moins les idées noires. » Pierre Dac

Depuis l’antiquité Grecque la couleur est au centre des préoccupations. Les teinturiers, cherchaient à la reproduire et les philosophes à analyser leur impact sur l’humain. Johann Wolfgang Goethe a écrit deux milles pages sur ce sujet dans « Théorie sur la couleur ».

De nombreux peintres se sont inspirés de ce texte, comme notamment William Turner. L’idée étant qu’il existe quatre couleurs fondamentales qui s’opposent deux par deux. Le bleu s’oppose au jaune et le rouge au vert.  Descartes a décomposé la lumière à travers un prisme. Isaac Newton s’est inspiré de ces travaux et démontre que le prisme ne produit pas les couleurs, mais les sépare de la lumière blanche. Cette découverte est révolutionnaire. De là, naissent les sept couleurs élémentaires : Rouge, Orange, Jaune, Vert, Bleu, Indigo, Violet. 

Il faudra attendre la fin du XXe siècle pour que les scientifiques soient unanimement d’accord avec le fait que la couleur est une perception d’une longueur d’onde par notre œil. Chaque couleur à sa longueur d’onde, pourvu qu’elle soit située entre 380 et 780 nanomètres.  Aujourd’hui, on pourrait presque dire que la couleur est « acquise ». Acquise oui, mais depuis combien de temps ? Et bien, depuis moins de cent ans !

Quelques dates pour mémoire :

1932 – Premier dessin animés en couleurs

1935 – Premier film en couleurs

1968 – Introduction de la télévision en couleurs  

Étonnant non ? À notre époque on pourrait dire que la couleur n’a plus de secrets pour nous. Il nous est possible de la reproduire et de la décliner dans un nombre infini de teintes et de nuances, sur toutes sortes de matériaux. Il ne restait plus qu’à explorer sa dimension psychologique.  

Il faudra attendre le début du vingt-et-unième siècle pour que notre société s’intéresse de près à la couleur et à ses pouvoirs. Qui dit pouvoir, dit argent. Se sont donc les entreprises de marketing qui ont débuté d’étonnantes études autour de l’effet psychologique des couleurs. En voici quelques exemples :

« Lors d’un test de QI à l’université de Rochester, certains élèves avaient leur numéro de candidature écrit au marqueur rouge sur leurs feuilles de test, d’autres au marqueur noir. Résultat : les étudiants dont le numéro était écrit en noir ont répondu à moins de questions, mais ils ont fait peu de fautes. Les étudiants dont le numéro était écrit en rouge ont répondu à plus de questions mais ont fait beaucoup de fautes. En moyenne, les rouges ont obtenu de moins bons scores.  Le Rouge crée un stress qui altère notre raisonnement à notre insu. » (Elliot, Maier, Moller, et al., 2007 – Lichtenfeld S. Maier M. Elliot J. Perkrun R., 2008) « Un envrionnement rouge augmenterait l’activité bioélectrique dans le corps de 5,8% et la force musculaire de 13,5 %.  ” (Gerard, 1957 – Berlyne, 1960 – Wilson 1966 – Birren 1998 – Robinson, 2004 – Mayer, Bhika, 2014)

“Le temps passe plus vite dans une pièce aux murs de couleurs chaudes comme l’orange ou le Rouge (Smet, 1969). Inversement, sur un écran d’ordinateur, le temps de téléchargement paraît plus court quand les couleurs sont froides (Gorn et al., 2004). Quand les couleurs du fond d’écran est chaude et en particulier rouge, nous avons tendance à surestimer le temps passé devant notre ordinateur. Particulièrement vrai pour les hommes (Shibasaki et al., 2014). C’est pourquoi, les tenues des professeurs de ski sont rouges et souvent celles des montagnards aussi. »

«Alexander Schauss, scientifique a convaincu en 1979 les commandants Miller et Baker, du Centre correctionnel de la Marine américaine de Seattle, de peindre les murs des cellules en Rose. Après 5 mois d’expérience, une exposition d’à peine 15 minutes à cette couleur suffisait à réduire l’agressivité des détenus pendant 30 minutes au moins. Après leur sortie, les effets se poursuivaient encore au moins une demi-heure. Depuis le rose a séduit puisqu’on le retrouve dans les chambres de relaxation en milieu psychiatrique, sur les murs des écoles pour enfants hyperactifs, mais aussi dans les prisons suisses : quatre cellules de garde à vue de la prison de Berne et deux cellules du quartier de haute sécurité de Berne. Effet garanti !  Selon Alexander Schauss, le rose réduit le rythme cardiaque, la pression sanguine et les pulsations. C’est une couleur tranquillisante qui sape l’énergie et réduit l’agressivité. »

Je pourrai remplir des pages et des pages d’études qui ont été réalisées pour le compte du sport, des arts, du marketing ou tout autre utilisation à de simples fins de compréhension ou pour tenter de manipuler les consommateurs.  

Est-ce que l’on peut utiliser ces données les yeux fermés ?

Non, car n’oublions pas que l’influence des couleurs est conditionnée par l’histoire de notre civilisation, de notre environnement, de nos croyances. C’est pourquoi, en fonction de nos origines, la couleur n’aura pas la même signification.

En voici quelques exemples selon « L’étonnant pouvoir des couleurs » de Jean-Gabriel Causse ( sources : Goehte, Kandinsky, Pastoureau, Grossman et Wisenblit, dictionnaire théologique d’Elwell, École Polytechnique de Montréal, Traités de fin Shui et de médecine ayurvédique) :

Noir Occident : mort, affliction, sommeil, élégance, luxe, désespoir, tristesse Orient : noblesse, illégalité, , sournoiserie, escroquerie, clandestinité
Violet Occident : inconscient, secret, peur, superstition, ténèbres, mort, noblesse, jalousie, mélancolie, tristesse, modestie Orient : diabolique, vicieux
Blanc Occident : silence, mariage, naissance, joie, brillance, espoir, éternité, résurrection Orient : mort, sinistre, tristesse
Rouge Occident : puissance, chaud, force, guerre, passion, actif, agitation, interdiction Proche-Orient : mort, méchanceté, désert

Vous pensez peut-être que nous n’avons pas réellement conscience de l’influence des couleurs sur nous, pourtant, selon les différentes études susmentionnées, elles nous influencent bel et bien. C’est pourquoi, il est important d’en connaitre les mécanismes. Aujourd’hui, nous vivons un réel mélange ethnique et culturel. Il est fort probable qu’un jour votre supérieur hiérarchique soit asiatique ou vos employés orientaux, voir même africains. Alors comment fonctionner ? Sur quelles données se reposer ?

Dans mon activité de conseillère en image personnelle je procède à des analyses couleurs sur mes clients.

Dans ce cadre, nous parlons de l’effet psychologique des couleurs dans le monde du travail. Dans notre société occidentale où le moindre détail peut faire la différence, il est primordial de maîtriser le plus de facteurs possibles. Les codes couleurs en font partie. Voici leurs effets, selon l’association suisse des conseillers en image, couleurs et styles de mode (www.fsfm.ch) :

Rouge : conscient de sa valeur, sûr, actif, excentrique, qui ne craint pas le risque, dynamique
Rose : accessible, subordonné, prudent Violet : imaginatif, extraordinaire, romantique
Jaune : actif, joyeux, créatif, communicatif, chaleureux, peu fiable
Orange : dominant, ouvert, créatif, peu fiable, peu professionnel Vert : calme, sur qui on peut compter, peu téméraire, harmonieux
Bleu : fiable, compétent, intellectuel, correct, comme il faut
Brun : adapté, solide, conventionnel, résistant, solidaire, maladroit Gris : sérieux, neutre, correct, réservé Blanc : ordre, neutre, frais, charmant, discret, distant, sensible
Noir : sévère, autoritaire, élégant, intellectuel, distant, respectueux
Multicolore (+ de 3 couleurs) : fantaisiste, gai, insouciant, nerveux, peu professionnel Même si ces données nous touchent majoritairement, nous ne sommes pas à l’abri de notre histoire personnelle. Prenons un exemple : Nous sommes en hiver, vous vous rendez à un rendez-vous et vous choisissez de porter une blouse orange. Cette couleur vous rend de bonne humeur et vous réchauffe, car elle vous fait penser au sable doré du Sahara. À contrario, la personne que vous allez rencontrer à une très mauvaise opinion de cette couleur en raison d’une mauvaise expérience dans son enfance avec l’orange. Il y a de fortes probabilités pour que le premier contact soit « biaisé » en raison de cette interférence de couleur. 

Vous comprendrez qu’il n’est pas possible de contrôler tous les paramètres, que le risque zéro n’existe pas. C’est pourquoi, même si une partie de la psychologie des couleurs est expliquée et scientifiquement démontrée, il n’en reste pas moins qu’une part subjective subsiste. Même si vous entendez appliquer les règles ci-dessus, renseignez-vous et adaptez-vous à votre environnement.
Surtout, n’oubliez pas que c’est dans les défauts que se cache la beauté.

Maintenant que vous en savez un peu plus… de quelle couleur sera votre chemise à votre prochain rendez-vous ? 

Fabienne Ferrari – www.leffet-papillon.ch 
Source : « L’étonnant pouvoir des couleurs » de Jean-Gabriel Causse

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1 Commentaire

  1. Martine

    Merci pour votre article très complet et intéressant. Je ne pensais pas que les couleurs pouvaient être un tel vecteur émotionnel.

    Martine

    Réponse

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